Je ne veux pas jouer avec les maux.
Alors ce soir, je sors. Clé dans le contact, rétroviseurs, frein à main, accélérateur et me voilà lancée. Enfin "lancée". Je ne cherche pas la vitesse, le danger, l'exaltation. Je roule doucement sans trop savoir où je vais. Un rond-point, un feu rouge. Je roule monotone. Puis je décide : j'irai au bord de l'eau.
Arrivée sur la plage, l'obscurité m'inquiète un peu. La seule lueur blanche de la lune brille sur les flots sombres et mystérieux. Mais je veux surmonter ce réflexe de recul. Je ne suis plus une enfant ; je n'ai plus peur du noir.
Je retire mes sandales. À chaque pas, mes pieds s'enfoncent dans la douceur fraîche du sable, caresses voluptueuses de la nature. Je me sens comme... attendue.
Je m'arrête à deux pas du bord, là où le sable humide et plat ressemble à une ligne de départ vers l'inconnu et je soupire. Les vagues, poussées par le vent, donnent à la mer faiblement éclairée un air froissé. Le paysage fait écho à mes pensées.
Inspiration, un, deux... Je m'avance. L'eau atteint mes pieds nus. Sa fraîcheur me surprend, la vague écume autour de mes chevilles, bientôt suivie par une deuxième légèrement plus forte, qui monte encore plus haut sur mes tibias. En force douce, la nature m'arrache un rire. Heureusement que je suis seule, on dirait sûrement que je suis folle.
Le vent souffle, léger, sur mon visage. Je ferme les yeux et j'inspire de nouveau profondément. Je m'emplis de l'air venu du large qui aère mon âme, apaise mes pensées. J'expire et la vague se retire, emportant avec elle le poids sur mon cœur.
Je murmure : "Merci". Si bas que seul le vent pourrait l'entendre. Tant mieux, il est le seul concerné.




